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Les
"huchiers" et "coffretiers" eurent très tôt une profession
réglementée.
La corporation des
menuisiers naquît
au XVème siècle : elle regroupa l'ensemble des ouvriers spécialisés dans la
fabrication des meubles et des ouvrages destinés à l'aménagement intérieur des
édifices (les menuiseries). A l'esprit peu créateur dont témoignent les rares
meubles de style gothique, va succéder à la Renaissance, un véritable enthousiasme,
sous la conduite d'artistes et d'ouvriers italiens. Ces derniers, ramenés par Charles
VIII (1483-1498) après les campagnes de Lombardie et du Milanais, seront à l'origine de
l'École d'Amboise.
La corporation des
menuisiers se verra à nouveau divisée au XVIème s. en menuiserie
en bâtiment et menuiserie en meubles. Dans
cette même période, des Écoles régionales verront le jour et produiront des ouvrages
d'inspirations différentes :
¤ l'École de l'Île-de-France, conduite par des artistes
de Fontainebleau,
¤ l'École de Bourgogne influencée par l'art flamand,
¤ l'École Lyonnaise,
¤ l'École Provençale inspirée de l'art italien.
Dès
lors, la perfection ne tardera pas à être atteinte dans les techniques de
réalisation. Au crépuscule du XVIème s., des édits réglementent les
activités professionnelles, l'apprentissage et la maîtrise, octroyant aux menuisiers
reçus maîtres à Paris des avantages tel que le droit de travailler sur tout le
royaume.
Au début du
XVIIème s.,
Henri IV confirme les règlements corporatifs et accorde des privilèges aux artisans
installés dans les Galeries du Louvre et dans certains quartiers (Saint Antoine). Ces
privilèges se perpétueront par la suite: sous le règne de Louis XIV - Colbert aidera
l'apprentissage par des primes versées aux employeurs - puis sous les règnes de Louis XV
et Louis XVI.
Au cours du XVIIème s., tandis que l'art français tend à s'imposer en Europe,
les menuisiers en meubles recherchent la beauté de nouveaux matériaux et importent des
bois coloniaux tels que l'ébène, l'acajou et d'autres bois exotiques précieux. Un
nouveau procédé de construction est alors mis au point: des feuillets d'ébène
d'environ 10 millimètres d'épaisseur sont collés sur un bâti de bois commun (bois
indigène tel que le chêne) puis sculptés et ornés (cf. illustration ci-contre -
cliquez
sur l'image pour l'agrandir). Certains artisans se spécialisent dans cet art du
placage et de menuisiers en meubles deviennent menuisiers en
ébène puis ébénistes (ce mot apparaît
vers 1676).
Sous
le règne de Louis XIV (1643-1715), la technique du placage va évoluer et
atteindre la perfection sous la poussée d'André Charles Boulle, ébéniste du Roi. Il
innove avec le placage de marqueterie. Ce procédé, déjà utilisé au
XVème s. par les siennois (Les stalles de la Chapelle du Palais de Domenico Spinelli di
Niccolo - 1428 - voir illustration de lune delle ci-contre) puis, un peu
plus tard (fin XVème s.) par les menuisiers marqueteurs de Charles VIII
(Stalles de la Chapelle de Gaillon) est un art délicat et précis qui consiste à
assembler, sur un panneau de bois (peuplier, sapin), de minces feuilles de placage de bois
précieux (ébène, palissandre, bois de rose et de violette) mais aussi de métaux
(cuivre, étain), de corne et d'écailles pour composer des décors figuratifs ou des
motifs géométriques colorés.

Atelier de menuisier au XVIII°s
Au
cours du XVIIIème s., les travaux exécutés par les menuisiers et les ébénistes se différencient de plus
en plus. Les meubles et les éléments de menuiserie intérieures (lambris) en bois massif
sont réalisés par les menuisiers tandis que les ébénistes se spécialisent dans les
travaux de plaques. L'estampille ("signature" de l'artiste) est adoptée
vers 1741 et imposée par les jurandes pour tous les maîtres-ébénistes.
A
la fin du XVIIIème s., l'Assemblée Nationale Constituante met un terme aux corporations, maîtrises et
jurandes. Les techniques industrielles sont de plus en plus prisées par l'artisanat. Les
menuisiers d'art et les ébénistes produisent de moins en moins d'ouvrages car les
nouvelles classes dirigeantes hésitent à commander. De plus, la clientèle riche, qui ne
présente plus une culture artistique suffisante, n'est plus attirée par la qualité de
ces oeuvres. Seuls quelques maîtres perpétueront la tradition de qualité désormais
classée comme industrie de luxe. Au début du XIXème s., les guerres
successives nuisent à l'importation des matériaux de qualité et à l'exportation des
pièces produites. Désormais, les artistes se trouvent relégués par la mécanisation,
déjà grandissante.
Sous la Restauration,
ni Louis XVIII ni Charles X ne seront des mécènes. Une forme de décadence artistique
s'empare des fabriques de meubles qui ne réalisent plus que des copies d'oeuvres des
styles précédents plus ou moins bien interprétées. Le mobilier appartient désormais
aux "Arts appliqués à l'industrie". Il faudra attendre la fin du XIXème
s.
et le début du XXème s. pour voir réapparaître des courants artistiques qui,
tout d'abord, ne seront que des réactions de "rupture" avec les styles anciens,
puis qui témoigneront de recherches artistiques tournées vers la complexité ou la
simplicité des lignes. C'est le courant d'Art Nouveau ou Style 1900 ou bien encore
Modern Style. Progressivement le concept d'artiste réalisateur disparaît. La
création prend une nouvelle dimension et se détache de l'aspect fabrication.
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