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L'Europe est bien plus verte que vous ne
pensez, et ses richesses sylvestres bien plus importantes que vous l'imaginez:
plus d'un tiers du territoire de l'Union est en effet couvert de forêts. En ce sens, ces
arbres innombrables constituent un trésor inestimable, et pas seulement parce qu'ils
contribuent à la beauté des paysages. Car ils sont le poumon de l'Europe, et en outre
ils permettent le développement d'une activité économique d'importance considérable: pas
moins de 3,6 millions de personnes trouvent un emploi dans la filière "bois" et dérivés en Union
européenne.
PLUS D' UN ARBRE SUR DEUX, EN EUROPE,
EST PLUS OU MOINS MALADE
Ces richesses sylvestres, sans aucun doute, sont à préserver et à
entretenir comme on le ferait de tout patrimoine. Mais ce qui importe d'abord, c'est d'en faire l'inventaire et surtout un "bilan de santé". C'est ce
que fait l'Union dans toute la mesure de ses moyens. Mais s'il faut en croire
le récent rapport sur l'état des forêts en Europe 1999, bien des forêts sont
malades. Et leur situation ne s'est pas améliorée l'année dernière: les
arbres souffrent autant - et souvent plus - de la pollution de l'air et de celle du sol.
L'an dernier dans l'Union européenne, seulement 45,2% des arbres -
toutes espèces confondues - ont été classés comme sains, ce qui veut dire
que plus de la moitié étaient plus ou moins malades. Parmi ces derniers,
37,1% étaient légèrement défoliés et 17% se trouvaient sérieusement endommagés: ils avaient perdu plus du quart de leurs feuilles ou de leurs
aiguilles. Enfin, 0,7% des arbres étaient carrément morts. Dans l'ensemble
de l'Europe géographique, la situation apparaissait encore pire, puisqu'en
général les forêts les plus atteintes sont situées dans la moitié est du
continent, en-dehors de l'Union européenne actuelle.
Arbres sous surveillance
Depuis treize ans, les Etats membres de l'Union et la plupart des autres pays
d'Europe surveillent systématiquement l'état des arbres, et ceci de deux
manières. D'une part, on évalue la situation en quelque 5.700 points d'observation distants de 16 km les uns des autres et répartis sur presque
tout le continent, dans les quinze Etats membres de l'UE et dans seize autres pays.
Cette évaluation couvre plus de 127.000 arbres ! On obtient ainsi les tendances générales de l'état des couronnes des arbres,
c'est-à-dire les parties qui portent les feuilles ou les aiguilles - selon les
espèces.
LES ZONES
DETERIOREES SE CONCENTRENT
SURTOUT EN FRANCE
ET EN ITALIE
D'autre part, sur 860 points d'observation, on étudie très précisément les
éléments qui attaquent les arbres, qu'ils soient chimiques ou biologiques,
afin de préciser les causes des maladies dont ils souffrent. La comparaison
avec des années antérieures permet de mesurer l'évolution de la situation.
Le résultat n'est guère brillant: entre 1992 et 1998, sur près du tiers des
points d'observation, les couronnes des arbres se sont détériorées, alors
que leur état ne s'est amélioré que sur à peine un point d'observation sur
six. Ailleurs, la situation n'a guère varié. Partout en Europe, on trouve des
arbres et des forêts qui se sont dégradés ces dernières années, mais les
zones détériorées se concentrent surtout sur la France et l'Italie, tandis que
les points d'amélioration se situent surtout en Allemagne et en Pologne, les
pays nordiques n'enregistrant pas de changement.
En tout état de cause, tous les arbres ne sont pas touchés de la même
façon. Les feuillus, comme le hêtre et plusieurs espèces de chênes, se
détériorent plus que d'autres. La situation du pin maritime semble également
alarmante. A l'opposé, l'état du pin sylvestre s'améliore dans l'est de l'Allemagne et en Pologne, celui du chêne
vert aussi dans certaines régions.
Les ravages de l'azote
Mais qu'est-ce qui abîme autant les arbres ? Il existe d'abord des causes naturelles, comme la sécheresse dans le cas du pin sylvestre ou certains
insectes pour le chêne. D'autres causes de dégradation ont pour origines les activités humaines et leurs effets, à commencer par la pollution de
l'air. Parmi les substances polluantes, le soufre, longtemps en première ligne, reste dominant en Europe centrale et orientale, mais perd de son
importance dans l'ouest de l'Europe. Il se trouve maintenant dépassé par l'azote, dégagé par la circulation automobile, certaines industries ainsi que
l'élevage industriel. L'azote sévit en Europe occidentale plus qu'ailleurs.
LA SITUATION DU PIN MARITIME SEMBLE ALARMANTE
A certains endroits, la combinaison de l'azote et du soufre peut produire de
l'aluminium toxique, qui menace la santé des arbres sur 10% des points d'observation. Une autre substance joue un rôle de plus en plus marquant
dans la dégradation des arbres, surtout dans les régions méditerranéennes: l'ozone, qui est produit par d'autres
polluants comme le dioxyde d'azote et les composés organiques volatils. L'origine de ce cocktail
douteux se trouve dans la circulation des voitures et des camions, ainsi que
dans diverses activités industrielles.
LES SOLS DES FORETS SE TROUVENT
EGALEMENT EN PITEUX ETAT
Les problèmes des arbres ne se limitent pas aux feuilles. Les
sols des forêts se trouvent également en piteux état, du fait de leur acidité,
particulièrement en Europe centrale - en République tchèque, en Slovaquie, dans le sud de la Pologne
et au sud de la Biélorussie.
Les dépôts d'azote dans l'atmosphère provoquent des
concentrations de nitrates dans le sous-sol: pour près d'un point d'observation sur cinq, elles atteignent des niveaux au-delà desquels l'eau des nappes souterraines
n'est plus potable.
On ne sait pas encore tout sur la vie des forêts et leurs maladies; comme
l'explique le rapport, les recherches et les observations continuent. En tout
cas, les constatations déjà faites ces dernières années ont stimulé la mise
en place de mesures destinées à rendre l'air plus propre dans l'Union et
même au-delà, puisqu'il existe une convention internationale sur la pollution atmosphérique.
ETAT DES LIEUX
Les trois principaux résultats que livre le rapport technique 1999 sur la
surveillance intensive des écosystèmes forestiers en Europe qui vient d'être publié peuvent être résumés comme suit:
-
Approximativement 20% des sols en Europe sont très acides. Les
sols les plus acides sont situés principalement en Europe centrale, la
région où la pollution atmosphérique est la plus forte et où les arbres sont les plus défoliés.
-
Des concentrations d'azote anormalement élevées ont été
constatées sur la moitié des placettes d'observation, soit dans un cas
sur deux. Les plus grands dépôts ont été mesurés dans les régions
situées à l'Ouest de l'Europe. Ces dépôts entraînent directement des concentrations plus élevées d'azote dans les aiguilles et les feuilles.
-
L'ozone cause désormais des dommages visibles aux écosystèmes
forestiers. Les forêts méditerranéennes sont les plus touchées.
LA STRATEGIE FORESTIERE DE L'UNION
Depuis cinq ans l'Union a mis en place un "cadre de surveillance intensive"
des forêts européennes. Quelque 860 placettes d'observation permanente ont été installées: elles
surveillent en détail l'état des couronnes, la nutrition des arbres, l'état des sols,
l'accroissement des arbres, la végétation au sol, les dépôts atmosphériques et les
conditions météorologiques. Cette surveillance permet d'acquérir des informations sur
les développements des facteurs écologiques et des facteurs de stress, ainsi que sur
leurs relations réciproques et l'état des forêts au niveau national et européen. Ce
dispositif de surveillance renforcée des écosystèmes forestiers fait désormais partie
de la mise en oeuvre de la stratégie forestière de l'Union européenne qui a
été décidée il y a tout juste un an.
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