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Le URU : Un arbre à pain


 

Aussi loin qu'il soit possible de remonter dans l'arbre généalogique du uru, il semble que c'est en Indonésie que prennent les racines de sa famille, les Artocarpus. Introduit il y a plusieurs siècles dans les archipels polynésiens, il est aujourd'hui cultivé, pour l'essentiel, dans les Marquises et dans les îles de la Société. Le uru est un arbre qui présente de multiples intérêts à Tahiti. De son écorce à sa branche, de sa feuille à son fruit, le Polynésien a trouvé de nombreux usages dans son exploitation.

Son écorce tout d'abord. Dégagée en fine couche à l'aide d'un couteau, elle est aplatie et séchée durant des heures jusqu'à l'obtention d'une fine pellicule, de l'épaisseur d'un tissu. C'est le tapa. Une des richesses artisanales de la Polynésie est la confection de ce tapa.

Sa branche ensuite est utilisée par la médecine traditionnelle. Incisée, elle dégage un corps liquide extensible de couleur blanche qui, en usage externe, permet le traitement des fractures, des contusions et de certaines douleurs articulaires. Étendue en fine couche sur la peau, elle forme un cataplasme qui précipite la guérison.

Ses feuilles ont aussi des vertus médicinales. Aujourd'hui encore, certains produits pharmaceutiques intègrent dans leur composition, les pousses des tiges et les pétioles des feuilles (hiata uru) vertes ou jaunes.

Enfin, son fruit. Malgré sa faible teneur en vitamines A et C, il est le féculent le plus consommé par les polynésiens. Deux explications peuvent être avancées à cette surconsommation. D'une part, il était d'usage, pour une famille où naissait un garçon, de planter un uru dans le jardin et une tiare pour une fille. Ses fruits servaient donc tout naturellement à se nourrir. D'autre part, l'abondance du produit sur le marché a fait baisser son prix. Le revenu moyen restant faiblement élevé, il est le produit de prédilection.

Les chatons avant maturité sont, eux aussi, comestibles. Ils sont servis en dessert, confits avec du sucre ou du miel.

Le Uru: Un arbre chargé de symboles

- Au plus profond souvenir de la pensée polynésienne, on raconte que Tahiti souffrit un jour d'une terrible sécheresse. Une canicule assoiffait la terre, fit périr la flore, les cultures et les hommes. L'un d'entre eux, Rua-ta'ata, meurtri de voir sa femme et ses quatre enfants dépérir chaque jour un peu plus, les conduisit dans la montagne, les installa, pour la nuit, dans une grotte et avant de partir leur dit: "Ô Rumauari'i, lorsque tes yeux s'ouvriront demain , ils me chercheront en vain. Lève-toi et sors. Tu verras alors que mes mains sont devenues des feuilles, mon corps un tronc et mes membres des branches. De ma tête, naîtra un fruit délicieux qui te nourrira ainsi que nos enfants. Désormais, vous ne souffrirez jamais plus de la faim". Le lendemain, il en fut ainsi que le père l'avait prédit.

L'endroit où naquit le premier arbre à pain de Tahiti s'appelle depuis, la vallée de la Tua-uru ( "lieu de l'arbre à pain" en tahitien).

 - Lors d'une de ses nombreuses expéditions en Polynésie, le capitaine Cook ramena en Angleterre plusieurs arbres à pain en vue de son exploitation dans tout l'empire. Rapidement, ils conquirent les riches domaines et les planteurs virent en eux le moyen de nourrir à faibles coûts les esclaves. Ils furent alors diffusés, plantés, exploités dans toutes les colonies, de l'Afrique aux Antilles. En vue d'obtenir davantage de pieds et ainsi de les substituer au manioc, plusieurs propriétaires de terre signèrent une pétition auprès de Georges III. Devant l'impatience et le grondement des grandes familles-clés de l'économie, le roi confia au lieutenant William Bight la mission de partir sur le Bounty pour amener aux Antilles anglaises de jeunes arbres. La mutinerie, immortalisée au cinéma, fut provoquée, entre autres, par la décision du jeune lieutenant de diminuer les rations d’eau pour arroser les jeunes arbres.

Noms vernaculaires :

  • Tahiti, Australes : URU, MAIORE
  • Marquises : MEI
  • Hawaii, Samoa : ULU
Vocabulaire concernant le uru :
  • L’arbre à pain : tumu uru
  • La feuille : rau uru
  • L’inflorescence mâle : popo uru
Caractéristique des feuilles
  • Couleur : vert plus ou moins foncé
  • Nombre de lobes : de 5 à 11
  • Profondeurs des sinus qui séparent les lobes
  • On peut compter près de 26 variétés de uru dans les îles de la Sociétés.
  • Il commence à produire des fruits dès cinq ans et pour une durée de cinq décennies.

Essence de la Polynésie
Stéphane Marie - stephbdx@hotmail.com 

 

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