Rencontre avec ... Pascal Riff ...
Vous
avez une formation de paysagiste et de pépiniériste à l'inverse de nombreux plasticiens
qui ont un parcours classique aux Beaux-Arts. Cette culture botanique enrichit-elle votre
approche du paysage forestier ?
Mes connaissances botaniques issues de ma formation
de paysagiste, ne m'influent pas dans mon travail de plasticien. Par contre ma formation
de paysagiste me permet d'avoir une réflexion sur l'espace et de comprendre
l'organisation des paysages. J'attache une grande importance à l'analyse paysagère des
sites dans lesquels j'interviens
Quelle est la partie de l'arbre que
vous préférez travailler, la feuille, l'écorce, la branche .. ? Pourquoi ?
Bien que j'utilise fréquemment les feuilles dans
mes installations, la partie de l'arbre que je préfère est la branche. Les branches ont
des structures complexes, des volumes et des formes très riches. Cette complexité dans
l'architecture du monde végétal me fascine. Il est difficile de recréer
artificiellement ces structures, c'est pourquoi j'aime en tirer parti. Les arbres me fascinent particulièrement pour
leur branchages à l'architecture complexe et toujours différente selon l'espèce
considérée.
L'éphémère, la disparition
progressive de vos oeuvres sous l'action des éléments ou des hommes; est-ce essentiel à
votre démarche ?
L'éphémère induit la
notion de temps qui passe et notamment la dynamique du temps à laquelle toute chose est
soumise. Je considère que c'est une force de travailler avec le temps et non pas contre le temps en voulant lui résister. Les
artistes ont en général l'espoir que leur uvre leur survive (sculpture, peinture),
mais cela nécessite de travailler des matériaux qui ont une longévité et une
résistance aux agressions des facteurs climatiques et du temps qui passe (pierre, bronze,
métaux). Pour moi qui travaille avec des matériaux empruntés à la nature, il
serait utopique de croire que ces créations vont durer. Alors je préfère intégrer la
notion d'entropie et d'éphémère dès le départ de la création, d'en tirer parti pour
lui donner du sens.
La photographie est la seule manière de faire
sortir les choses du temps. Sans la photographie, aucune de mes créations n'aurait
d'existence aujourd'hui et qui que ce soit pourrait même mettre en doute le fait qu'elles
aient un jour existé. (La photographie est une manière d'arrêter le temps, de sortir de
l'éphémère pour entrer dans une certaine prolongation d'existence).
Plusieurs de vos travaux, je pense
notamment à "Hommage au Génie Forestier" et "La Spirale Entropie"
donne une large place aux traces humaines, parfois oubliées, de l'exploitation
forestière. Vos "actes en paysage" sont-ils indissociables de cette notion de
mémoire ?
Mes "actes en paysage" sont souvent liés
à la notion de mémoire du site, tout simplement parce que les sites dans lesquels
j'interviens révèlent leur histoire par des indices discrets, parfois
imperceptibles, leur passé est gravé dans
les caractéristiques des paysages. Je les perçoit donc je les
traduis par des interventions in situ.
La majeure partie des personnes prennent les paysages
comme un fait, à un instant T. Mais très peu de personnes cherchent à savoir de quoi ce
paysage est la résultante. Ma formation de paysagiste m'a appris à lire les sites,
à les analyser par leurs caractéristiques topographiques, par l'occupation du sol, par
la végétation présente afin de comprendre quel fut leur histoire et de prévoir de
quelle manière ils seront amenés à évoluer. Mes "actes en paysages" n'ont pas
la prétention d'être des uvres artistiques, ce sont seulement des interventions
très personnelles qui traduisent ce que je ressens devant un site ou face à un paysage.
Puisque j'ai une sensibilité qui me permets de lire
et d'interpréter les paysages, j'essaye de communiquer ma perception des choses par le
biais d'interventions in situ puis par le biais de la photographie.
A l'inverse des pays anglo-saxons, le land art est peu
représenté dans nos medias alors que parallèlement l'engouement du public pour
l'art paysager, l'art des jardins (voir le succès de Chaumont-sur-Loire) ne cesse de
croître. Comment expliquez-vous ce "désamour" ?
Le public français plébiscite les manifestations
de jardins car les personnes sont en général très sensibles aux compositions florales,
à l'utilisation des plantes. Les plantes organisées et mises en scènes, sont vecteurs
d'émotions et le jardin est le lieu classique d'organisation maîtrisée de la
nature. Le
Land art induit une notion d'art plastique, de concept, d'interprétation et les français
semblent moins réceptifs à ce genre de démarche, qui demande un investissement
personnel de compréhension. La notion de Land art leur semble plus intellectuelle
qu'émotive.
Quel est votre
artiste "phare" de land art ?
Le Land art se caractérise par des interventions de
très grandes envergures et à l'échelle d'un site ou d'un territoire. Ces interventions
nécessitent de déplacer de grands volumes de matériaux ou d'apporter des éléments
artificiels. C'est le cas d'artistes comme SMITHSON, CHRISTO, pour lesquels j'ai une
grande admiration.
Les "actes en paysages" sont des
interventions plus modestes qui utilisent les matériaux et les processus naturels. Dans
cette catégorie, j'ai un grand respect de personnes tels que Andy GOLDWORTHY ou Nils UDO,
que j'ai découvert très tard, après avoir entrepris ma démarche personnelle. Ils sont
très talentueux
Y-at-il un lieu, un paysage dans le monde dans lequel vous
rêviez d'intervenir ?.
ll n'y a pas un paysage en particulier sur
lequel je souhaiterais intervenir, la terre nous en offre une telle diversité !. En
général j'adore les points de vues dominants ou les vastes espaces qui sont générés
par les lacs. Les lacs sont vraiment les lieux qui me fascinent le plus. Surtout les lacs
artificiels car on peut trouver sur certaines rives des centaines de souches darbres
immergées, témoins de la forêt qui y prenait place précédemment (Lac du Der
Chantecoq, Lac de Madine, Lac de Pierre Percée,
). La surface de l'eau est un
espace toujours vierge car sans cesse renouvelé, changeant.
Vos projets ?
Jespère
pouvoir réaliser « Le Synoptique » une création composée de plus de 80
balles rondes de pailles disposées en plein champs avec des axes de floraisons pour
créer ex nihilo un jardin dans le paysage, avec un très fort rapport aux civilisations
celtiques et leurs alignements de mégalithes. Autre projet : réussir dans mes activités
de concepteur-paysagiste libéral.
L'Art des
Forêts - Sandrine Sénéchal - almaren@wanadoo.fr
novembre 2000
Prochaine chronique : Patrick.T.Dougherty
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