Dans le monde assez fermé des plasticiens du
paysage, un nom s'impose depuis quelques années, celui d'une artiste japonaise : Shigeko
Hirakawa dont on a pu récemment admirer le travail lors du Festival de l'Eau - à
St-Amand les Eaux ... bien sûr - Née en 1953 à Kurume
(Fukuoka, Japon), elle fait ses études à Tokyo puis à Paris en 1983 où elle suit
l'enseignement de l'Ecole
Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, dans l'atelier d'Olivier Debré. Neuf
ans plus tard, elle s'installe à Châtenay-Malabry dans un atelier du Ministère de la
Culture.
Dans l'atelier
- Copyright 1998 Shigeko Hirakawa
Peinture, teinture de tissus, sculpture,
installations monumentales ou encore art public; cette plasticienne privilégie une
expression multiforme. Le bois y est omniprésent. Pins des landes, chênes, travaillés
en installations monumentales au coeur de la ville ou sculptés sous formes de vagues
prêtent à se briser. Des pleins et des déliés d'une grande sensualité qui évoquent
irrésistiblement Henry Moore ou Henri
Gaudier-Brzeska auquel elle a rendu hommage en 1992.
Loin des créations souvent démonstratives du land art,
Shigeko Hirakawa surprend les commentateurs par sa sobriété.Tous
soulignent son intuition spatiale étonnante, la rigueur de son expression, sa
simplicité. Ses interventions révèlent le paysage plus qu'elles ne le modifient. Telle
souche souligne une courbe; les lignes sinueuses des racines se fondent en un camaïeu de
bruns et de verts. Entre Europe et Japon,
entre réalisme et spiritualité. Elle ne copie pas la nature, elle se l'approprie et la
détourne dans une véritable réflexion écologique sans pour autant céder aux clichés
romantiques de la nature toute puissante. Respect mais pragmatisme.
Le grand critique d'art Pierre Restany, est lui aussi séduit
par la précision et l'harmonie de son travail. Dès 1997, à l'occasion d'une exposition
de sculptures japonaises « In Situ » organisée par la ville de Mont-de-Marsan, il
remarque :
"En amont du confluent, elle avait réparti toute une
rangée de pieux de bois gainés de vert clair dans le bassin de l'abreuvoir et, en aval
du pont qui enjambe la rivière, elle avait dessiné sur les berges un parcours ondulant
fait de cinq ellipses composées de terre et d'entassements alternés de souches et de
billots. Ce tracé, par son biais elliptique, redonnait sa dignité au profil des berges
à l'abandon et affirmait le signal dialectique d'une forte présence existentielle, le
rappel, à travers les pleins de la terre et les déliés des racines, de l'alternance
éternelle entre le vide et le plein, la vie et la mort." (in "Shigeko
Hirakawa - oeuvres sélectionnées, 1993-1998" ) ...
©
Sandrine Sénéchal, l'Art des
Forêts, décembre 2001
Sur internet : http://www.shigeko-hirakawa.com
A lire : "Shigeko Hirakawa - oeuvres sélectionnées, 1993-1998" avec une préface de Pierre Restany. Edité lors de l'exposition de Choisy-le-Roi, avec le concours de Shiseido
Tokyo. (1998)
"Shigeko Hirakawa".
Edité par la Galerie Jacques Losserand. Texte de Vera Szekely.(1991)
A noter : un monument réalisé en 1992 par Shigeko
Hirakawa dans le cadre du projet ARTS et LYCEES est installé au Lycée Van Gogh
d'Aubergenville. D'autres oeuvres sont également visibles dans les collections de
l'hôpital Cochin
L'Homme
dans le paysage par Alain Corbin, Paris, 2001, 190p.
Au fil de ces entretiens, Alain
Corbin restitue les formes d'appréciation de l'espace, de la Renaissance à nos jours. Le
paysage est, en effet, une manière de lire l'espace, de se le représenter, de le charger
de significations et d'émotions. Il est une lecture indissociable de la personne qui le
contemple. Il sollicite tous les sens, et se construit selon des systèmes de croyances,
de convictions scientifiques et des codes esthétiques. De l'anxiété au désir, de
l'aménagement à la conservation, ce parcours illustré dessine l'évolution des
postures, des formes de représentation et de maîtrise qui nous unissent au paysage.
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1997,
Mont-de-Marsan, Fr.
"Arbre Généalogique - Mort"
(Photo Vincent MONTHIERS)
Une souche de 2m de haut
sur un espace elliptique couvert
de sable rouge des arènes.
A l'arrière plan,
30 billes de pins des landes
(environ 4m x 0,60 m chaque).

Vue partielle
50 souches de pins des Landes
et de chênes,
racines vers le haut.
Chaque souche pèse
entre 800 kg et 1000 kg.

"Transmutation
- Vie"
(Photo Vincent MONTHIERS)
12 troncs de pins des landes dans
le lavoir de "la cale de l'abreuvoir".

1994,
Installations expérimentales
10m de tissus, partiellement décoloré, tendus entre deux ou trois arbres.
Copyright 1998 Shigeko Hirakawa
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