Meg Forbes
A l'inverse de ses confères
plasticiens, Meg Forbes détaille à 29 ans, un
parcours atypique. Pas de beaux-arts mais une
solide formation littéraire. Au début des années 90' cette jeune
photographe-plasticienne suit à Londres un cursus de philosophie et se passionne, pour la
représentation de la forêt dans l'imaginaire occidental. Dès 1995, elle s'installe au
Québec où elle anime des ateliers de réflexion sur le paysage et l'intégration de
l'architecture végétale en milieu urbain. Depuis quelques années déjà, elle
expérimente l'intervention sur site et la photographie.
Sa recherche : révéler ces "âmes" emprisonnées au coeur des arbres,
si chères à Dante et à Tolkien. Etres fantasmagoriques, génies facétieux de la forêt
ou simples vieillards harassés par le temps; tout un petit monde pétrifié dans
l'écorce est à portée de son objectif.
"Quelque soit l'endroit ou vous vous
arrêtez, même en ville, il y a toujours un arbre que les gens du coin ont
"investi". C'est souvent le repaire d'esprits bénéfiques ou maléfiques
hérités du folklore. Alors il suffit d'écouter et de se laisser guider car se sont eux
qui en parle le mieux."
Le dialogue plasticienne/nature peut
commencer. Avec l'aide des habitants, elle dégage les souches ensevelies sous les
mousses, déplace les rochers, invite sur "scène" des éléments incongrus mais
ne touche jamais à l'arbre. Pas question de retailler une branche récalcitrante. Il lui
faut laisser le moins de traces possibles : la prise achevée, les formes entrevues
retourneront à leur sommeil de Belles au bois Dormant ... Le cliché en lui-même est un
travail de patience - il faut savoir revenir, plusieurs jours, attendre
que la lumière ou la pluie vous révèle quelque chose. Parfois il faut même savoir
renoncer parce que définitivement vous ne parvenez pas à fixer une expression, un
mouvement. Les spectateurs sont les bienvenus. Ils sont une source précieuse
d'informations sur la topographie du site et son histoire si intimement liée à la leur.
Souvent étonnés, presque flattés que l'on puisse vouloir mettre en scène ce qu'il ont
toujours connu. Comme à chaque fois, Meg Forbes laissera à la communauté un tirage.
Juste une trace d'un instant fugitif. Un témoignage dépouillé. La jeune femme avoue sa
fascination pour l'ikebana, cet art floral japonais basé sur l'épure et
l'harmonie. Une explication au peu de couleurs de ses photographies? Elle privilégie le
noir et blanc, le sépia, toutes les nuances de gris. " La couleur
distrait. Elle empêche le regard de se concentrer sur une texture ou un volume. On me
rapproche parfois cette utilisation du noir et blanc pour les végétaux. Mais je ne
cherche à rendre mon travail plus "joyeux". En effet, rien ne vient
adoucir l'âpreté de certains paysages. Les lignes parfois rudes sont profondément
émouvantes, et le dépouillement poétique captive l'imagination.
Le Japon est décidément au coeur de sa démarche. A l'invitation
d'un de ses amis plasticien, Meg Forbes s'envole dans quelques semaines pour Tokyo
avec dans ses bagages une anthologie du haïku. Quelques uns des textes les plus
célèbres de Yosa Buson, Matuo Bashô ou Morikate qui célèbrent la forêt. Et avec
lesquels ses installations vont devoir dialoguer. Un peu inquiète tout de même de se
confronter à des paysages tant de fois sublimés par la peinture traditionnelle !
Le résultat sera visible fin 2001 lors d'une exposition tournante qui s'arrêtera à
Londres. La boucle est bouclée.
L'Art des Forêts - Sandrine
Sénéchal - almaren@wanadoo.fr
février 2001
Prochaine chronique : Studio 27
A lire
...
A ciel ouvert par Christophe Domino
- Scala - 1999
L'auteur vous présente
dans ce très bel ouvrage
les oeuvres
de douze artistes du "land art" qui ont en commun d'intervenir dans le paysage
naturel ou urbain. Une bonne approche de cette création contemporaine évadée des
musées.
Sur internet ...
Nombreuses sont les
écoles qui expérimentent avec leurs élèves les pratiques artistiques en environnement.
L'Ecole maternelle A. & Y. Plancher de Rezé vous
présente sont projet pédagogique Land -Art avec la plasticienne Annick Sterkendries :
http://jardinmalin.tripod.com/pratiques_artistiques.htm |
Légendes
et Crédits photographiques ...
Sirènes - Nouveau-Mexique, 1999 ©
Meg Forbes - Tous droits réservés.
Haïku - 1999 © Meg Forbes - Tous
droits réservés.
Le géant abattu -
Nouveau-Mexique, 2000 © Meg Forbes - Tous droits réservés. |
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