Patrick T. Dougherty
Au détour d'une clairière, le repaire délaissé d'un ogre
... Un abri gigantesque avec ses chambres, ses circulations, sa lumière filtrée par les
branchages.
Dans les forêts de pins ou de buildings, que se soit au
Japon, au Canada, ou au Danemark, les "cathédrales" sauvages de Patrick.T
Dougherty n'en finissent pas de fasciner.
Il a débuté dans les années 70's, à Chapel Hill en
Caroline du Nord, avec une Handmade House restée célèbre, construite
exclusivement en rochers et rondins. De cette époque, il a conservé la fantaisie des
matériaux naturels et la rigueur de l'architecture.
Chaque intervention sur site dure environ un
mois. L'artiste s'imprègne du lieu, à l'affût déjà de la moindre
souche. Il écoute
les gens du cru, se nourrit de leur intime connaissance du paysage. Avec une équipe de
volontaires, il va quadriller le terrain pour collecter sa matière première : les
branche, rapidement organisées en fagots. Dès lors, c'est un combat singulier qui
s'engage entre l'homme et le bois. Avec ses seules mains, Dougherty
tord, courbe, entrelace sans jamais briser .... Les branches se métamorphosent en toile
d'araignée puis en masse imposante. Le plasticien a la précision d'un oiseau qui construirait son nid. Aucun
outil, aucune corde, juste le bois et la logique des forces. Son intuition de l'équilibre
étonne le public autorisé à suivre son intervention. Comment des structures en
apparence aussi fragiles peuvent-elles être aussi stables ?
Depuis plus de dix ans, il a travaillé
différentes essences : eucalyptus, pin australien, saule ou laurier-rose. Son arbre
préféré reste l'érable, celui de Caroline du Nord bien
sûr, à la fois solide et souple et dont les branches élastiques se
plient à presque tous les enchevêtrements.
L'été dernier, il a participé au projet
canadien "Cimes et Racines". Un symposium de sculpture art-nature organisé à
la Gabelle. Avec cinq autres théoriciens et plasticiens comme lui (François Davin,
Roger Gaudreau, Lynda Baril, Louise Paillé et Reinhard Reitzenstein), il a encore
une fois travaillé la thématique de l'arbre pour la mise en valeur d'un lieu public. Investigation du site par l'artiste mais surtout participation du public à
la réalisation des oeuvres. Car c'est son regard seul qui donne une existence à des
réalisations par définition éphémères.
L'Art des
Forêts - Sandrine Sénéchal - almaren@wanadoo.fr
décembre 2000
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